Free-lance ou salarié

Un petit sujet autour de mes états d'âme et mes choix professionnels. Notamment celui qui m'a consacré pas mal de temps entre free-lance ou salarié.


Aujourd’hui, je remets mon site en ligne après avoir passé un long moment de réflexion quant à sa nouvelle forme, la technologie avec laquelle j’allais le développer, etc. Et pendant que j’étais en train de le refaire, je suis forcément passé sur quelques anciens articles, et notamment celui où je parlais il y a quelques années de mon expérience en free-lance et en salarié. Je vais en profiter pour apporter une mise à jour maintenant que j'ai élargi mon expérience.

Je n’ai pas toujours été salarié et je n’ai pas non plus toujours été free-lance, et maintenant, je fais surtout les deux. Dans tous les cas, ce que j’ai pu vivre d’un côté, de l'autre, et des deux conjointement, a été pour moi une grande source d’apprentissage.

Je ne serai pas objectif dans cet article, cet article parle de ma vie, donc il sera forcément orienté à travers mon expérience.


La vie 100% free-lance

La vie de free-lance c’est particulier, très particulier, et je dois dire qu’y être confronté sans y avoir été préparé n’a pas été une expérience facile à vivre. Pour ma part, ce n’est pas tant l’aspect financier ou administrativo-comptable de la chose qui fut difficile, mais la confrontation avec certains clients ou collaborateurs pas toujours respectueux ou même honnêtes. Alors je m’en suis sorti, et heureusement, on va dire que j’ai eu plus de chance que certains, mais ce n’étais pas rose tous les jours. L’ambiance n’est pas toujours au beau fixe, mais il faut faire avec et toujours se faire violence pour se lever à heures fixes, et passer les journées en étant productif. Là pour le coup, c’est le même objectif quotidien que celui du salarié, sauf que c’est à toi de te le fixer et tu dois rendre des comptes à tes clients et à toi-même, parce ce que c’est un peu ta vie qui en dépend, de manière un peu plus directe.

Pour le reste on se sent seul. Genre vraiment. Cela doit fortement dépendre de ton taff, mais pour ma part en tant que développeur, la solitude est réelle. Pas de collègue de travail avec qui plaisanter cinq minutes avant de te remettre à bosser. D’un autre côté, tu es un peu plus libre, certes, mais soyons honnêtes deux secondes, c’est une liberté de façade, assez fébrile. Enfin, c’est subjectif, mais je ne trouve pas que la liberté de pouvoir bosser en caleçon tous les jours devant son pc soit la représentation idéale de la liberté pour moi. Bref, cela ne me convenait pas tout à fait.

Cependant, et bien que je dépeigne peut-être un portrait négatif de la chose, ce fut un bon moment, où je me suis forgé une belle expérience des entreprises, certes sans devenir expert-comptable pour autant. Je comprends un mieux l’intérêt des frais d’entreprise par exemple, ou des réactions que peut avoir un chef d’entreprise, pas toujours compris par ses salariés.

Un autre avantage de la vie en free-lance, c’est que certes tu es seul, mais c’est précisément ce qu’appréciait mon petit côté asocial. C’est cette petite voix intérieure qui te fait apprécier les rares moments où tout le monde te fout la paix. Et bien là, c’est quasiment tous les jours, si on parvient à les supporter, c’est plutôt chouette. Personne pour te demander de baisser ou de changer de musique, plus d’obligation de porter ton casque qui t’écrase les oreilles sur les lunettes. Tu peux prendre la position que tu veux et personne ne répond au téléphone à deux mètres de toi en braillant dans toute la pièce. Bref, peinard, pas libre pour autant, mais peinard.

Du moins… tant que tu n’as pas de client à aller voir.

La vie en agence

Oui, je te parle des agences parce que je n’ai connu que ce type d’entreprises, pas d’ESN ni de Pure Player. Selon moi, les trois sont pareils mais on trouve toujours quelqu'un pour défendre l'un ou l'autre. C'est toujours de la même façon d'ailleurs :

Les développeurs en {agence / ESN / Pure Player} sont les plus travailleurs, polyvalents et rigoureux parce qu’ils sont le plus confrontés à {des expériences variées / les technologies les plus récentes / des grosses équipes / ...}.

Blah blah blah. Tu parles.

Chacun voit son modèle battre les autres, alors que si on se pose deux minutes, on sait que ce n’est pas le modèle qui définit quoi que ce soit, on peut tomber sur une agence 100% moderne et voulant toujours aller chercher le challenge et comprenant réellement ce qu’implique le développement d’une API, ou tomber sur une entreprise qui se complait dans la médiocrité de WordPress et ne veut pas en sortir et donc fait péricliter ses développeurs.

Je sais je suis dur avec WordPress, désolé, c’est un bon CMS, mais ça reste un CMS, ce n’est pas le sujet de l’article, mais si tu veux dev une API, tu prends un framework, pas un CMS (et pitié ne me sors pas l’API REST de WordPress, les blagues de mauvais goût, ça va cinq minutes).

Bref.

La vie en agence, donc. J’ai envie de dire, ça dépend de l’agence. Tu vas me dire : « ah ben c’est la réponse à tout, c’est un peu léger ça, Lorenzo ». Bah ouais, c’est pour ça que je serai subjectif encore et que je vais te parler des agences où j’ai été.

Ça tombe bien, j’en ai connu trois et les trois sont totalement différentes mais pour ne pas froisser les personnes de ces formidables structures, je parlerai systématiquement d’elles au pluriel, au cas où. Je rappelle cependant que mon but est ici purement de présenter mon apprentissage, pas de médire (en plus y’a rien à redire, au final j’ai bien aimé ces trois expériences).

Pour la suite, je vais compartimenter un peu mes expériences. Et comparer toujours avec le statut de free-lance.

L'ambiance

Sur les entreprises que j’ai connues, il y avait celles qui n’étaient clairement pas frileuses, prêtes à relever les défis et s’imposer des challenges, celles qui étaient plus raisonnables et s’imposaient d’abord une sécurité et une maîtrise technique avant de se lancer, et enfin celles qui ne bougeaient pas de leurs carcans techniques. Les trois sont rentables, mais d’une rentabilité totalement différente. Celles qui sont les moins peureuses ont tendance à se focaliser sur la technique, faire de la veille et les développeurs sont vecteurs de propositions et ont tendance à être mieux impliqués. Là où, au contraire, les entreprises qui se présentent comme « stables » ne voient en leurs développeurs que des livres de recettes. Ces mêmes développeurs sont donc effacés au sein de l’entreprise, ils sont d’avantage des opérateurs que des ingénieurs. Alors attention, je suis un peu vache là, et c’est normal je force le trait exprès, mais je peux cependant imaginer sans peine que même avec ce trait forcé, certaines entreprises soient tombées dans ce travers. C’est souvent malgré elles, donc ce n’est pas un jugement de valeur, juste un constat.

Donc forcément, dans ce second cas, le développeur est complètement effacé de son vrai rôle d’ingénieur et devient un simple « pisseur de code » (et le truc super c’est que cela peut décrire certaines agences, certaines missions en ESN et certains Pure Players, combo !)

Mais évidemment ce n’est qu’un trait, et comme je l’ai dit, je l’ai forcé. J’ai surtout eu de bonnes expériences. Des expériences sociales, avec des collègues de travail, des moments qui m’ont fait sortir de la routine du taff, du code. Et comme c’est à la frontière de la vie privée, je ne t’en parlerai pas, mais sache que c’est ce genre d’expériences qui m’ont fait choisir le salariat plutôt que la vie seule de free-lance. Une entreprise c'est selon moi d'abord de l'humain.

L’avantage quand on est dans une entreprise un peu soudée, c’est qu’on peut avancer avec un bon esprit d’équipe, et il n’appartient qu’à nous de le faire fleurir. Je dirais donc l’ambiance est généralement un peu plus agréable en entreprise, car au moins on a un cadre et on n’est pas seul.

D’un autre côté, les drama en entreprise, ça existe. Et ça peut te foutre en l’air une journée quand un collègue décide de faire comprendre à tout le monde qu’il n’est pas d'humeur. Et encore quand je dis une journée, je minimise. Quand une ambiance de merde (osons le dire) s’installe dans une équipe, cela peut durer. Et ça demande beaucoup d’intelligence sociale et d’efforts qu’on n’aurait normalement pas à fournir en free-lance. Que veux-tu, on n’a jamais rien sans rien.

Les projets

« Bah oui Lorenzo, c’est bien d’être en freelance, au moins tu peux choisir tes projets. »

Alors, non. Clairement non. Ça c’est juste le genre de phrases qu’on entend de la part des personnes qui veulent se convaincre de devenir free-lance. Mais non, être free-lance a des tas d'avantages, mais il faut arrêter de délirer, quand on en fait l’expérience on comprend une chose essentielle : manger.

Tu as faim, tu n’as pas de sécurité d’emploi, tu n’as pas de salaire qui tombera quoiqu’il arrive, donc il va bien falloir que tu te bouges et que tu acceptes ce que tu peux pour manger autre chose que des pâtes au beurre.

Alors, je ne dis pas que cela dure. Après une certaine visibilité, ton business peut s’améliorer et tu pourrais commencer à avoir des projets que tu peux refuser. MAIS, toujours est-il qu'on n'a de choix que dans ceux qui nous sont proposés. Je parlais des entreprises qui restent sur du WordPress ad vitam aeternam en moquant un peu, mais en free-lance mon coco, tu vas en bouffer des CMS médiocres comme WordPress. Le Symfony en mode API avec un front headless en VueJs, ce n’est pas pour tout de suite (si on t’en propose un, un jour). Dans tous les cas si tu veux un projet de malade, il va te falloir le vendre. Et ça, ce n’est pas toujours gagné.

En agence, tu n’es plus en direct avec le client (du moins c’est beaucoup plus rare) et par conséquent cela peut être bénéfique, tu ne bosses que sur tes projets, et tu peux un peu négocier pour choisir tes projets avec tes chefs de projets. Mais le revers, c'est aussi que tu peux te retrouver à devoir développer un projet vendu avec le cul et avec un client qui s’est en plus attaché à l’idée vendue (le con). Donc oui, vu comme ça, ce n’est pas toujours rose, mais sérieux, tu ne la vois pas la bonne nouvelle ?

En fait il y en a deux, une qui trolle pour déconner et foutre la merde, et une qui fait du bien :

  1. La bonne nouvelle « trolle », c'est celle du rejet de la faute sur le commercial, mais qui est un peu vraie quand même : Ce n’est pas toi qui as vendu le merdier, donc bon tant pis pour le commercial, il avait qu’à connaître son produit.
  2. La vraie bonne nouvelle qui fait du bien : Tu n'es pas seul.

Et cette nouvelle est juste géniale quand on en fait l’expérience après coup, pour peu que l’entreprise soit soudée. Tu n’es pas seul.

Donc au choix, tu as d’autres développeurs à aller emmerder pour leur demander de l’aide, et comme ils sont sympa ils vont t’aider (à charge de revanche). Et puis, réfléchir avec plusieurs cerveaux, c’est cool. Sinon tu as toutes les ressources de l’entreprise pour débloquer ce genre de situations, formations spécifiques, négociations avec le client, réunions de crises, sous-traiter, etc. Tout ça, ça peut sérieusement aider à passer la crise de nerfs des projets bloqués, plus facilement qu’en free-lance.

La gestion du temps

S’il est une chose que j’ai bien senti passer entre free-lance et entreprise, c’est qu’en entreprise, tu fais 99% de ton métier sur les projets. En free, ce n’est tellement pas la même chose. En free-lance, tu dois passer une partie de ton temps :

En tant que salarié tu as un cadre de travail, des horaires fixes ou un nombre de jours si tu es cadre. Comme j’ai le plus connu le statut de cadre je vais surtout parler de ce dernier.

Certes, en termes d’organisation, un cadre et un free-lance c’est un peu pareil, tu organises ton temps un peu comme tu veux, c'est assez flexible. Dans les deux cas, si tes objectifs de la journée sont remplis plus tôt, tu peux partir… le revers de la médaille, si une urgence arrive à 17h… Bah tu y passes le temps qu’il faut. Dans le cas où tu es free-lance, tu as peut-être plus de pression.

Bon, maintenant que j’ai un peu cassé les deux modèles avec des exagérations, parlons un peu de ce que j’ai choisi.

Les deux, mon général

Voilà, la réponse est dans le titre, aller salut.

Sérieusement, j’ai fait un an de free-lance, et ça m’a suffi. La solitude, l’insécurité financière (hé non, tu peux faire 100k€ par an avec ta boîte, ce n’est pas pour autant que tu auras un prêt facilement), les à-côté trop contraignants, la fausse liberté, et ça tous les jours, non, vraiment, ça ira, merci. Cependant, l’entreprise, c’est bien, mais parfois on veut faire un peu plus, faire d’autres choses, ou simplement avoir une seconde source de revenus.

Ce qui est bien, c'est que je ne fais pas du tout la même chose en free-lance et en entreprise, déjà, par simple respect du principe de non-concurrence, mais aussi parce que c’est à dessein, l’objectif est de me changer les idées, pas de refaire exactement pareil.

Et ce n’est surtout absolument plus obligatoire d’entrer des projets et des nouveaux clients dans mon activité parallèle, j’ai un salaire, je peux prendre des weekends avec ma compagne quand je veux, je peux profiter un peu plus. C’est un bonus, un bonus sympa, mais cela doit rester un bonus, du moins pour moi.

Voilà comment j’ai pu m’accommoder des deux modèles, et pour le moment cela me convient, un an que ça dure, un an que ça va.


En conclusion, j'espère que cet article t'aidera à y voir plus clair, ou simplement à te donner des arguments. Bien entendu, j'insiste sur le fait que c'est complètement subjectif, ne prends pas tout pour argent comptant et confronte-toi à d'autres avis.

Je suis content d'avoir eu les expériences que j'ai eues, cela m'a permis d'avoir cette vision des choses. Et j'espère qu'elle va continuer à s’affûter.

Sur-ce bonne fin de journée.